Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Aigle royal

Aquila chrysaetos
Golden eagle

Fiche descriptive


Rang S : S3
Rang G : G5
Statut au Québec : vulnérable, mars 2005

L'aigle royal (Aquila chrysaetos), autrefois connu sous le nom d'aigle doré, est un oiseau de proie diurne. L'adulte a un plumage brun foncé, bien que les plumes derrière la tête soient plutôt dorées et que certains individus peuvent présenter des mouchetures brun pâle au dos et aux épaules. Comme chez la majorité des rapaces, la femelle est plus grande que le mâle. Elle peut peser jusqu'à 6 kg et avoir une envergure d'ailes de 2,2 m. Le plumage des individus immatures est plus foncé et moins uniforme que celui des adultes. Il est caractérisé par deux taches blanches sur le dessous des ailes et par une bande blanche à la base de la queue. Ces marques bien définies permettent de différencier aisément l’aigle royal immature du pygargue à tête blanche immature (Haliaeetus leucocephalus).

Ce rapace est largement réparti en Amérique du Nord, mais rare au Québec, où on l’observe principalement durant la migration. Sa répartition au Québec n'est que partiellement connue, bien que le niveau de connaissances de cette espèce ait grandement augmenté depuis 1990. Au nord du Québec, les inventaires réalisés le long de la baie d'Hudson et le suivi de quelques sites connus ont permis d'identifier une vingtaine de territoires de reproduction. Dans la région du bassin versant de la baie d’Ungava, 23 territoires de reproduction ont été répertoriés, dont une dizaine dans la région de la rivière George. On compte maintenant environ 39 territoires de reproduction dans le secteur de la Côte-Nord – dont un noyau plus important se trouve dans les bassins versants des rivières Sainte-Marguerite et Moisie – jusqu’à la rivière Romaine. Dans les secteurs de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent, une dizaine de territoires actifs est connue. Ainsi, sa population au Québec est estimée à plus d’une centaine de couples nicheurs, ce qui demeure approximatif étant donné l’absence d’inventaire systématique dans l’ensemble de son aire de nidification. Selon les suivis de migration et les quelques inventaires consécutifs de territoires de nidification de la Côte-Nord, la population serait stable.

L’aigle royal est un oiseau de proie des grands espaces. Il fréquente habituellement les régions montagneuses entrecoupées de vallées et de canyons aux versants rocheux et escarpés. On le rencontre dans la toundra, la taïga et la forêt boréale, où il occupe les forêts ouvertes d’épinettes noires à lichens ou à mousses et les prairies herbacées et arbustives. Cette espèce niche habituellement sur les corniches des falaises et parfois dans un arbre. Elle chasse ses proies, constituées d'oiseaux et de mammifères, dans des habitats relativement ouverts. L’aigle royal se nourrit d'une grande variété de proies : bernaches, canards, corbeaux, goélands, rapaces, marmottes, lièvres et faons de cervidés. Il peut également se nourrir de charogne, principalement lorsque les proies sont peu abondantes et lors de la période hivernale. L’aigle royal atteint la maturité sexuelle vers l’âge de cinq ans, mais il peut se reproduire avant cet âge dans des populations persécutées ou en augmentation. La plupart des couples sont unis pour la vie et restent fidèles à leur site de nidification, année après année. Au Québec, la période de la ponte s’échelonne entre le début d’avril et la mi-juin. Le nombre d'œufs varie d'un à quatre, les couvées de deux œufs étant les plus fréquentes.

L’aigle royal est très sensible aux changements qui affectent directement son habitat de nidification et qui peuvent entraîner l’abandon du nid. Les principales menaces pour la population d’aigles royaux du Québec sont la perte d’habitats, le piégeage accidentel, ainsi que le dérangement et la mortalité causés par les activités humaines. L’importance relative de ces menaces n’a cependant pas été déterminée. La modification ou la perte des habitats peuvent être causées par les opérations forestières ou minières, par la construction d’ouvrages hydroélectriques ou de lignes de transmission ainsi que par la villégiature. Puisque l’aigle royal se nourrit occasionnellement de charogne, lors de la saison de piégeage, il peut être capturé accidentellement dans les pièges appâtés avec des déchets d’animaux (carcasses, os, etc.). La technique de l’enclos utilisée pour la capture des canidés est la plus susceptible d’occasionner ces prises accidentelles. Depuis plus de 20 ans, il est interdit de tuer un aigle royal partout en Amérique du Nord. Cependant, de nombreux aigles royaux sont encore abattus illégalement. La position de l’aigle royal à un haut niveau de la chaîne alimentaire augmente les risques de contamination par des composés organochlorés ou des métaux lourds. Au Québec, ce risque impliquerait surtout le plomb. Les cartouches de fusil à billes de plomb sont encore largement utilisées dans la région Nord-du-Québec pour la chasse à la sauvagine et dans toute la province pour la chasse au gros gibier. En se nourrissant d’oiseaux non récupérés par les chasseurs ou de viscères laissées sur place, l’aigle royal est sujet à ingérer de la grenaille de plomb et à s’intoxiquer. Les carcasses laissées par les chasseurs de gros gibier peuvent également contenir des fragments de plomb et contaminer les aigles qui s’en nourrissent. À ces dernières menaces s’ajoute l’installation de parcs éoliens à proximité des sites de nidification.

Un rapport sur la situation, qui résumait l'information connue sur l'espèce, a été publié en 1999. En mars 2005, l’aigle royal a été désigné « espèce vulnérable » en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec. Ce statut lui a été attribué en raison de la faible abondance de sa population nicheuse, du manque de données sur la tendance de la population à long terme, de son faible taux de recrutement et de sa vulnérabilité aux activités humaines. En conséquence de sa désignation, un plan de rétablissement a été préparé en 2005 et mis en œuvre. Ce plan présente une mise à jour de la situation de l’espèce et décrit la stratégie, les buts et objectifs ainsi que les actions à mettre en œuvre pour la rétablir. La stratégie de rétablissement de l’espèce repose principalement sur l’encadrement des activités humaines susceptibles de nuire à la population. En vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, il est interdit de chasser ou de piéger l’aigle royal. Cette loi protège également le nid et les œufs de l’espèce. Elle oblige aussi à remettre en liberté un oiseau de proie capturé accidentellement ou, s’il est blessé ou mort, à le déclarer à un agent de protection de la faune et à lui remettre l’oiseau s’il l’exige.

Certaines espèces menacées ou vulnérables de la faune et de flore des milieux forestiers du Québec bénéficient de mesures de protection particulières dans le cadre des opérations forestières réalisées dans les forêts du domaine de l’État. L’application de ces mesures relève du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) pour les espèces fauniques. Ainsi, la localisation des nids connus d’aigles royaux doit être intégrée aux plans d’aménagement forestier des compagnies forestières. Depuis 1993, les piégeurs reçoivent de l’information sur les techniques de piégeage afin de limiter les captures accidentelles d’aigles royaux. L’information leur est transmise dans le cadre du programme d’éducation en sécurité et en conservation de la faune (PESCOF). La présence de l'aigle royal fait actuellement l'objet d'un suivi au Québec. La présence de nids d’aigle royal est aussi considérée dans la planification du développement éolien. Des observations sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

Documentation complémentaire :

Plan de rétablissement de l'aigle royal (Aquila chrysaetos) au Québec 2005-2010. (Format PDF, 179 Ko)

Protocole de suivi des mortalités d’oiseaux de proie et de chiroptères dans le cadre de projets d’implantation d’éoliennes au Québec – 8 janvier 2008. (Format PDF, 701 Ko)

Protocole d’inventaires d’oiseaux de proie dans le cadre de projets d’implantation d’éoliennes au Québec – 8 janvier 2008. (Format PDF, 158 Ko)

Rapport sur la situation de l'aigle royal (Aquila chrysaetos) au Québec. (Format PDF, 4,29 Mo)

ROBERT, M. 1995. Aigle royal, p. 396-399 dans GAUTHIER, J. et Y. AUBRY (sous la direction de). Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal. 1 295 pages.

Aigle royal
 

 

Aire de répartition

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Carte du Québec
Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : août 2010
 

Portail du gouvernement du Québec