Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Arlequin plongeur, population de l'Est

Histrionicus histrionicus
Harlequin duck

Fiche descriptive


Rang S : S3S4
Rang G : G4T4
Statut au Québec : vulnérable, octobre 2009

L'arlequin plongeur (Histrionicus histrionicus), autrefois connu sous le nom de canard arlequin, est un petit canard de mer. Les mâles pèsent en moyenne 700 g et les femelles, moins de 600 g, soit la moitié de la taille moyenne d’un canard colvert (Anas platyrhynchos). Les adultes mesurent entre 33 et 46 cm. La femelle est brune avec une tache blanche entre l’œil et le bec, et une autre bien visible près de l’oreille. À l’inverse de la femelle, le mâle est très coloré : son dos est bleu et blanc, alors que ses flancs et le dessus de sa tête sont roux. Il porte également des marques blanches distinctives sur la tête, dont une en forme de croissant à la base du bec et une autre ronde près de l’oreille.

La population de l’Est de l’arlequin plongeur se reproduit en eau douce, le long des cours d’eau, depuis le nord du Nouveau-Brunswick jusqu’au Nunavut. Elle passe l’hiver le long des côtes rocheuses et des îles de l’est de l’Amérique du Nord, depuis Terre-Neuve-et-Labrador jusqu’au Maryland, et sur la côte sud-ouest du Groenland. Une part importante de la population d'arlequins plongeurs de l'est de l'Amérique du Nord niche au Québec. On sait maintenant qu'une sous-population se reproduit dans certains secteurs du Nunavik et hiverne sur les côtes du Groenland, alors qu'une autre sous-population niche en Gaspésie et probablement aussi sur la Basse-Côte-Nord. Cette sous-population hiverne le long de la côte de l'Atlantique, à Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse et au Maine. Plusieurs sites de mue, en eau salée, sont également utilisés dans la province : le long de la Gaspésie et de la Basse-Côte-Nord de même qu'à l'île d'Anticosti.

En hiver, les arlequins plongeurs se regroupent pour se nourrir dans les eaux agitées des régions côtières peu profondes et rocheuses. Ils occupent alors les falaises rocheuses, les caps exposés et les corniches. Ils sont aussi régulièrement observés dans les îles au large des côtes. En mer, ils trouvent leur nourriture en plongeant dans les petits bassins près des rochers où se trouvent des petits crabes, des amphipodes, des gastropodes, des œufs de poisson, etc. Au printemps, l’espèce quitte les eaux salées pour remonter les rivières et les ruisseaux à débit rapide afin de s’y reproduire. La reproduction commence généralement à la fin de mai ou au début de juin. Le nid, garni de duvet, peut être construit sur le sol, sous des arbustes, dans des cavités d’arbres, sous des corniches ou même sur des rochers. La femelle pond de trois à huit œufs et elle les couve pendant environ 28 jours. Pendant l’incubation, la femelle ne quitte que rarement le nid pour s’alimenter, se laver ou se reposer. À cette période de l’année, les arlequins plongeurs s’alimentent en scrutant le substrat des cours d’eau pour y trouver des larves d’insectes et autres invertébrés. Comme de nombreux autres oiseaux aquatiques, le mâle quitte l’aire de nidification une fois l’incubation commencée (généralement entre la mi-juin et le début de juillet) et les femelles les rejoignent normalement pour muer un ou deux mois plus tard.

L’arlequin plongeur est vulnérable aux perturbations qui peuvent survenir dans son aire d’hivernage et de mue, ainsi que dans son lieu de reproduction. L’exploitation forestière et les projets hydroélectriques peuvent menacer les sites de reproduction. En effet, certaines zones de rapides disparaissent suite à la création de barrages et à l'augmentation du niveau d'eau. De plus, les régions autrefois éloignées utilisées par les oiseaux pour se reproduire deviennent des emplacements privilégiés pour les exploitations hydroélectriques et minières et pour la construction de routes d’accès. Dans les emplacements d’hivernage et de mue, les filets de pêche, l’aquaculture, la pêche illégale, les prises accidentelles et les déversements d’hydrocarbures sont des menaces potentielles. Comparativement à d’autres populations d’oiseaux aquatiques, le taux de reproduction des populations d’arlequins plongeurs est faible, ce qui ne favorise pas leur reconstitution après un déclin. Des facteurs comme l’âge avancé au moment de la première reproduction, la faible taille de ponte et la proportion élevée d’oiseaux non reproducteurs certaines années, peuvent contribuer à cette faible productivité. On estime que moins de la moitié des femelles nichent certaines années, peut-être parce que les insectes sont peu abondants.

Au Canada, l’arlequin plongeur est protégé depuis 1917 en vertu de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs. La chasse visant cet oiseau est interdite dans la voie migratoire de l’Atlantique depuis 1990. Malgré cette interdiction, des individus sont quand même tués chaque année à la suite d’erreurs d’identification. En dépit de ce problème, un accroissement des effectifs dans certains emplacements d’hivernage stratégiques a été noté. Dans l’ensemble, les activités de relevé à long terme de la population de l’est de l’Amérique du Nord ont été limitées jusqu’à ce jour. Deux études intensives de télémétrie par satellite ont été réalisées au Québec pour mieux cerner les habitudes de déplacement et la répartition de l’arlequin plongeur. Par ailleurs, des relevés ont été effectués par hélicoptère dans les bassins hydrographiques de la Côte-Nord, de l’île d’Anticosti et de la Gaspésie, ainsi qu’à la baie James et à la baie d’Hudson. Aussi, une étude sur l’utilisation des habitats et les déplacements des femelles et des jeunes a été réalisée en Gaspésie. Dans cette région, ainsi qu’à l’île d’Anticosti, des relevés et des études ont été effectués en période de mue. En 1995, un plan de rétablissement a été élaboré dans le but de maintenir 3 000 individus hivernant (dont 1 000 femelles adultes) dans l’est de l’Amérique du Nord. Pour donner suite aux objectifs du plan de rétablissement, un plan de gestion a été élaboré en 2007. Les priorités de ce plan consistent, entre autres, à estimer les effectifs, à améliorer les programmes de suivi et à mieux comprendre les menaces qui pèsent sur l’espèce. La mise en œuvre de ce plan au Québec est assurée par les biologistes du Service canadien de la faune. Des informations sur l’espèce sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

Documentation complémentaire :

BRODEUR, S., J-P. L. SAVARD, M. ROBERT, P. LAPORTE, P. LAMOTHE, R. D. TITMAN, S. MARCHAND, S. GILLILAND et G. FITZGERALD. 2002. Harlequin duck (Histrionicus histrionicus) population structure in eastern Nearctic, J. Avian Biol. 33 : 127-137.

BRODEUR, S., J.-P. L. SAVARD, M. ROBERT, A. BOURGET, G. FITZGERALD et R. D. TITMAN. 2008. Abundance and movements of Harlequin Ducks breeding on rivers of the Gaspé Peninsula, Québec. Waterbirds 31 (Special Publication 2) : pages 122-129.

ENVIRONNEMENT CANADA. 2007. Plan de gestion de l’Arlequin plongeur (Histrionicus histrionicus), population de l’Est, au Canada atlantique et au Québec, Série de Plans de gestion de la Loi sur les espèces en péril, Environnement Canada, Ottawa. 34 pages.

ROBERT. M. 1995. Arlequin plongeur, p. 320-323 dans GAUTHIER, J. et Y. AUBRY (sous la direction de). Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal. 1 295 pages.

THOMAS, P. W. et M. ROBERT. 2000. Updated COSEWIC Status Report on the Eastern Canada Harlequin Duck (Histrionicus histrionicus). Report submitted to the Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. 75 pages.

Arlequin plongeur, population de l'Est
 

 

Aire de répartition

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Québec


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Dernière modification : août 2010
 

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