Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Béluga (population de l'estuaire du Saint-Laurent)

Delphinapterus leucas
Beluga (St. Lawrence Estuary population)

Fiche descriptive


Rang S : S1
Rang G : G4T3Q
Statut au Québec : menacé, mars 2000

Le béluga (Delphinapterus leucas) est sans doute le mammifère marin le mieux connu des Québécois. Il appartient au groupe des baleines à dents (famille des Odontocètes). Le béluga adulte se reconnaît facilement par sa couleur blanche. Le jeune béluga est, quant à lui, d'abord brun, puis gris selon son âge; il deviendra blanc lorsqu’il aura atteint sa maturité sexuelle ou peu après. L'espèce se distingue également des autres baleines par l'absence d'une nageoire dorsale et par ses petites nageoires pectorales arrondies. Elle est caractérisée par la présence d'une proéminence sur la tête, appelée « melon », qui lui sert à localiser les éléments de son environnement par écholocation. Un béluga adulte peut mesurer entre 2,6 et 4,5 m et peser jusqu’à 1 900 kg. Les mâles sont généralement plus longs et plus lourds que les femelles. Parmi les baleines à dents, le béluga est une des espèces qui vocalise le plus. Il émet des chants variés; ceux-ci sont constitués de plusieurs types de sons comme des sifflements, des cliquetis, des cris perçants et des claquements de dents. Ce comportement particulier lui a valu le surnom de « canari des mers ».

Les bélugas sont disséminés dans la région circumpolaire et occupent les eaux de l’Alaska, du Canada, du Groenland, de la Norvège et de la Russie. Au Québec, on retrouve trois populations de bélugas, soit celle de l’est de la baie d’Hudson et celle de la baie d’Ungava et celle de l’estuaire du Saint-Laurent. Cette dernière est isolée de celles de l'Arctique et est située parmi les plus au sud de l'aire de répartition circumpolaire de l'espèce. Sa répartition actuelle est beaucoup plus restreinte qu'autrefois et aurait peu changé au cours des 20 dernières années. La zone d'estivage s'étend sur environ 200 km dans l'estuaire du Saint-Laurent : depuis les Battures-aux-Loups-Marins en face de Saint-Jean-Port-Joli, jusqu'à l'île du Bic, sur la rive sud du Saint-Laurent, et Forestville, sur la Côte-Nord. Elle comprend aussi le Saguenay, de son embouchure jusqu'à Saint-Fulgence. En d'autres temps de l'année, la répartition des bélugas est mal connue. Il semble que l'aire de répartition en hiver puisse varier d'une année à l'autre selon les conditions de glace. Toutefois, certains survols aériens ont permis de noter que la population semble s'étendre en aval dans le golfe, jusqu'à Sept-Îles (Côte-Nord) où plusieurs individus ont été observés. De petits groupes ont aussi été aperçus dans l'estuaire jusqu'à Rivière-du-Loup.

Les conditions hydrologiques du Saint-Laurent et du Saguenay procurent au béluga un habitat « arctique », c'est-à-dire une eau froide et riche en ressources alimentaires, qui est utilisée à l'année. Les femelles atteindraient la maturité sexuelle entre l’âge de 8 à 14 ans et les mâles entre l’âge de 12 à 14 ans. L'accouplement a lieu principalement au cours d'avril et de mai. La femelle donne naissance à un seul veau, après une gestation estimée à environ 14,5 mois. La période de mise bas s'étend de la fin juin au début d'août. Les jeunes seront allaités pendant environ 20 à 32 mois. Ainsi, une femelle donnerait, en moyenne, naissance à un veau tous les trois ans. Le béluga est un prédateur marin qui se situe au même niveau trophique que les phoques, certains oiseaux marins et d'autres cétacés. Son régime alimentaire comprend surtout du capelan et du hareng atlantique. Il se nourrit également de toute une variété de poissons – éperlan arc-en-ciel (Osmérus mordax), anguille d’Amérique (Anguilla rostrata), lançon d’Amérique (Ammodytes americanus), flétan atlantique (Hippoglossus hippoglossus), flétan du Groenland (Reinhardtius hippoglossoides), morue franche (Gadus morhua), etc.) – de crustacés, de céphalopodes et de certaines espèces d'invertébrés vivant au fond comme des vers marins (polychètes). Le béluga vivrait jusqu’à 30 ou 60 ans, voire au-delà de 80 ans.

La population de l’estuaire du Saint-Laurent compterait actuellement un peu plus d’un millier d’individus, alors qu'il devait y en avoir entre 7 800 et 10 100 au début du 20e siècle. La chasse abusive a principalement contribué au déclin initial. Les relevés aériens effectués depuis 1973 laissent croire que le déclin a cessé, mais ils ne fournissent pas de preuves évidentes d'une augmentation importante des effectifs. Aujourd’hui, la contamination, le dérangement, la diminution de l’abondance des proies, la dégradation de l’habitat – en particulier par le bruit – menacent cette population résiduelle. D’autres menaces peuvent également nuire au rétablissement de l’espèce comme les collisions, l’empêtrement dans les engins de pêche, les algues toxiques, les déversements accidentels et les maladies.

La population de bélugas du Saint-Laurent a été désignée espèce « menacée » en mars 2000 en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec. Des informations sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ). L’espèce a été désignée « menacée » en mai 2004 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Étant un mammifère marin, la protection du béluga relève principalement de la juridiction de Pêches et Océans Canada (MPO). Selon la Loi sur les pêches, la chasse commerciale du béluga dans le Saint-Laurent est prohibée depuis 1979. Un amendement à cette loi, le Règlement sur la protection du béluga, interdit de tuer, de blesser ou de déranger volontairement un béluga. Ce dernier a été remplacé par le Règlement sur les mammifères marins, adopté en 1993. De plus, le béluga est inscrit à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril, adoptée en 2003, comme espèce menacée.

Le Plan d’action interministériel pour favoriser la survie du béluga a été élaboré en 1989 et le Plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent en 1995. Le Programme de rétablissement du béluga, population de l’estuaire du Saint-Laurent au Canada, est actuellement en cours de réalisation, selon la Loi sur les espèces en péril. Depuis la publication de ces divers documents, de nombreuses actions ont été réalisées. L’une des plus importantes est la création du parc marin du Saguenay – Saint-Laurent en 1997. Par la suite, un code d’éthique stipulant l’exclusion du béluga en tant qu’espèce visée par l’industrie de l’observation des baleines a été élaboré. Le rejet de contaminants toxiques dans l’écosystème du Saint-Laurent a aussi été réduit à plusieurs niveaux. De plus, la population de béluga est régulièrement suivie par des inventaires aériens et par les nécropsies des carcasses trouvées échouées. Les bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent font l’objet de recherches et de discussions qui se poursuivent, visant à protéger la population et son habitat contre diverses menaces anthropiques.

Documentation complémentaire :

COSEPAC. 2004. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Béluga (Delphinapterus leucas) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. 77 pages.

HAMMILL, M. O., L. N. MEASURES, J.-F. GOSSELIN et V. LESAGE. 2007. Absence de rétablissement du béluga de l’estuaire du Saint-Laurent. Secrétariat canadien de consultation scientifique. Document de recherche 2007/026. 23 pages.

MPO. 2005. Évaluation du potentiel de rétablissement des populations de bélugas de la baie de Cumberland, de la baie d’Ungava, de l’est de la baie d’Hudson et du Saint-Laurent (Delphinapterus leucas). Secrétariat canadien de consultation scientifique. Avis scientifique 2005/036. 15 pages.

SYLVESTRE, J.-P. 1998. Guide des mammifères marins du Canada. Broquet, Québec. 330 pages.

Béluga (population de l'estuaire du Saint-Laurent)
 

 

Aire de répartition

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Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : août 2010
 

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