Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Carcajou

Gulo gulo
Wolverine

Fiche descriptive


Rang S : S1
Rang G : G4
Statut au Québec : menacé, mars 2000

Le carcajou, surnommé glouton, est le plus grand représentant de la famille des Mustélidés. Cette dernière comprend plusieurs autres espèces dont la loutre de rivière (Lontra canadensis) et les belettes (Mustela spp.). Le carcajou a l'apparence d'un ours de petite taille, à l'exception de sa longue queue touffue. Son corps est trapu et massif. Sa mâchoire, extrêmement solide et puissante, lui permet de consommer la chair et les os des carcasses gelées en hiver. Ses pattes, qui sont munies de cinq doigts, sont grosses par rapport au corps, ce qui rend l'animal bien adapté aux déplacements dans la neige. Les puissantes griffes semirétractiles du carcajou lui permettent de grimper aux arbres et de creuser. Son pelage varie de brun moyen à presque noir, à l’exception de la tête qui est plus pâle. Aussi, les flancs sont marqués de bandes claires qui débutent aux épaules et se rencontrent à la base de la queue. La gorge et la poitrine de certains individus sont marquées de taches pâles qui contrastent avec le reste du pelage. Les mâles et les femelles ont un poids moyen de 15,0 et de 10,5 kg, respectivement.

La répartition du carcajou est circumboréale, c'est-à-dire qu'elle comprend les régions nordiques du globe. On le rencontre en Scandinavie et dans les régions nordiques de la Russie, de l'Eurasie et de l'Amérique du Nord. Le carcajou a été éliminé sur plus de la moitié de son aire de répartition historique en Amérique du Nord entre 1840 et 1925; il est maintenant absent au sud du 38e parallèle. Au Canada, l'aire de répartition du carcajou s'étend du Yukon à Terre-Neuve-et-Labrador, englobant l'archipel Arctique, les Territoires du Nord-Ouest, les provinces de l'ouest et le nord de l'Ontario. Ce mustélidé est reconnu comme étant capable de parcourir de très grandes distances, il n’est donc pas exclu que certains individus puissent effectuer des déplacements de l'ouest vers l'est de la baie d'Hudson. Vers le sud, la répartition du carcajou suit les montagnes Rocheuses, atteignant le nord-ouest des États-Unis. Le carcajou est absent du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la partie insulaire de Terre-Neuve-et-Labrador. Avant l'arrivée des Européens, le carcajou était présent sur l'ensemble du territoire québécois. Les indices les plus anciens de la présence du carcajou au Québec sont des ossements vieux de quelques milliers d’années découverts dans la grotte de Saint-Elzéar en Gaspésie. Il est maintenant disparu de la Gaspésie et de la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Il est difficile d'établir avec certitude sa répartition actuelle qui semble davantage se limiter au nord du 49e parallèle. Certaines mentions d’observation laissent toutefois supposer que le carcajou pourrait aussi être présent au sud de cette ligne. Plusieurs observations ont été signalées au cours des trente dernières années, mais en l'absence de l'animal ou d'un autre signe vérifiable, aucune n'a pu être confirmée formellement. Les mentions d’observation sont réparties dans plusieurs régions administratives de la province : Saguenay–Lac-Saint-Jean, Côte-Nord, Abitibi, Outaouais, Capitale-Nationale et Nord-du-Québec. Il est possible que ces observations résultent d'animaux errants ou en déplacement à partir de l’Ontario, plutôt que d'une population résidente. Un individu a accidentellement été capturé dans la région de Lanaudière en 2004. Les analyses effectuées sur la carcasse ont toutefois révélé qu’il s’agissait d’un individu errant qui avait préalablement été gardé en captivité dans un zoo en Ontario.

Le carcajou est opportuniste et il consomme une grande variété d'aliments selon leur disponibilité. En hiver, il devient principalement nécrophage et dévore les proies tuées par d'autres carnivores ou les animaux morts de façon naturelle ou pris aux pièges des trappeurs. Le carcajou n’est pas un chasseur très efficace, mais il est doté d'une grande force. Il est capable de traîner des carcasses sur de longues distances. Il a l’habitude de cacher sa nourriture sous la neige ou à divers endroits après l'avoir marquée d'un liquide malodorant. La période d'accouplement se déroule de mai à juillet et peut s'étendre jusqu'au début de l'automne. L'implantation de l'embryon est différée et le développement de l'embryon s'effectue donc quelques mois après l’accouplement. Les jeunes naissent de janvier à avril dans une caverne, une fissure de rocher, un trou sous des troncs d'arbres, un tunnel de neige ou à la surface du sol sous la neige. Le nombre de petits par portée se limite généralement à deux ou trois. La reproduction peut s'espacer d'une à plusieurs années. Le carcajou peut parcourir chaque jour de très longues distances. Sa capacité à effectuer de longs déplacements constitue une adaptation à son mode de vie nécrophage : il doit souvent marcher longtemps afin de trouver les carcasses. L'espèce possède une grande endurance qui lui permet de circuler en terrain accidenté et dans la neige épaisse. Il effectue aussi des déplacements en altitude, suivant les saisons et la distribution et l'abondance des proies. Il tend à s'éloigner des régions occupées par les populations humaines pour fréquenter les milieux vierges et sauvages. L'espèce utilise de grandes variétés d'habitats selon la nourriture disponible. Au Canada, les régions montagneuses de la Colombie-Britannique et du Yukon semblent constituer les milieux les plus productifs pour le carcajou. Ce sont des régions éloignées où abondent les grands et les petits mammifères et où le carcajou peut trouver les carcasses dont il se nourrit, particulièrement l’hiver. Dans ces régions, la couverture persistante de neige au printemps est déterminante pour l’implantation des sites de mise bas par les femelles.

Les facteurs qui ont vraisemblablement contribué au déclin du carcajou au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador sont le piégeage et la chasse effectués au 19e siècle, la raréfaction du caribou au cours de la première moitié du 20e siècle, l'empiétement sur son habitat par les activités humaines et, possiblement, la diminution des effectifs du loup gris (Canis lupus) qui contribue normalement à lui procurer des carcasses d'animaux. Les opérations de contrôle de prédateurs peuvent également avoir eu un impact sur le carcajou. Vu la rareté actuelle du carcajou au Québec, il est fort difficile d'identifier les facteurs humains qui représentent une menace réelle et actuelle à sa survie. L'interdiction de chasse et de piégeage constitue présentement une mesure de protection, sauf dans les territoires conventionnés où le prélèvement de subsistance est permis. Par contre, les chances de prélever un tel animal semblent être devenues très minces.

Un rapport de situation, publié en 1996 par le gouvernement du Québec, résume l'information connue sur l'espèce. Par ailleurs, un Plan national de rétablissement du carcajou (Gulo gulo), population de l’Est, a été produit en 2005 dans le cadre du programme fédéral RESCAPÉ (Rétablissement des espèces canadiennes en péril). À cette époque, l’équipe de rétablissement était constituée de différents intervenants, dont cinq représentants du gouvernement du Québec et un représentant du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador. Par ailleurs, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) procède depuis 1995 à l’enregistrement des mentions d’observation de carcajous rapportées au Québec. Les rapports d’observation permettent de décrire les observations rapportées (identité de l’observateur, description de l’animal observé, conditions d’observation, etc.). L’utilisation d’une grille d’évaluation permet d’évaluer la qualité des observations recueillies dans ces rapports et de leur attribuer une cote (confirmée, probable/très bien documentée, etc.). Des informations sur le carcajou sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ). Le MRNF participe actuellement à l’élaboration d’un nouveau programme de rétablissement du carcajou, population de l’Est, préparé par Environnement Canada en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Un des objectifs de ce programme consiste à clarifier la situation actuelle de la population de carcajous de l’Est d’ici 2012. À cet égard, les mentions d’observations pourront éventuellement être utilisées afin d’orienter les recherches visant à confirmer la présence de l’espèce sur le territoire.

* L'aire de répartition probable du carcajou au Québec a été réalisée selon l'aire de répartition historique et les récentes mentions.

Documentation complémentaire :

COSEPAC. 2003. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carcajou (Gulo gulo) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Vii + 51 pages.

MOISAN, M. 1996. Rapport sur la situation du carcajou (Gulo gulo) au Québec. Ministère de l'Environnement et de la Faune, Direction de la faune et des habitats. 65 pages. (Format PDF, 957 Ko)

Plan national de rétablissement du carcajou (Gulo gulo), population de l'est. (Format PDF, 376 Ko)

Carcajou
 

 

Aire de répartition

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Carte du Québec
Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : août 2010
 

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