Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Sterne caspienne

Hydroprogne caspia
Caspian tern

Fiche descriptive


Rang S : S1
Rang G : G5
Statut au Québec : menacée, octobre 2009

La sterne caspienne est la plus grande et la plus lourde des sternes du monde. Aquatique, cette sterne est très effilée et sa taille est légèrement supérieure à celle du goéland à bec cerclé (Larus delawarensis). Le mâle et la femelle sont semblables : leur corps est gris, et leurs ailes sont gris pâle avec les extrémités plus foncées. La sterne caspienne adulte a une calotte noire en été, qui devient rayée noire et blanche en hiver. Son bec est robuste et d'un rouge vif.

La sterne caspienne a une distribution cosmopolite et niche à plusieurs endroits au Canada et aux États-Unis. Au Québec, son aire de nidification connue est toutefois limitée à un seul endroit, soit l’île à la Brume située dans le golf du Saint-Laurent, à l’est du village La Romaine. Il est documenté que l’espèce a aussi fréquenté d’autres îles à l’occasion, dont l’île Étrangle-Chat qui fait également partie du refuge d’oiseaux migrateurs de l’île à la Brume. Les observations récentes faites dans ces environs laissent croire que la sterne caspienne pourrait encore s’y reproduire, du moins à l’occasion. Ainsi, 32 adultes et 14 nids ont été recensés en 1995 et des oiseaux étaient présents dans les environs en 1996, 2001, 2002, 2004, 2005, 2007 et 2010. Les îles de la Madeleine et le sud-ouest de la province – cours inférieur de la rivière des Outaouais ainsi que le fleuve Saint-Laurent, en amont de Trois-Rivières – sont les seules autres régions du Québec où la sterne caspienne est observée régulièrement. Certaines données laissent croire qu’elle niche dans le sud-ouest du Québec. Les observations rapportées et la présence d’îles à bon potentiel de nidification expliquent qu’il est effectivement possible que des couples nicheurs passent inaperçus à travers les colonies de goélands. Lors des migrations, les individus de l’île à la Brume semblent transiter par les provinces et la côte Atlantique pour atteindre leurs quartiers d’hivernage situés vraisemblablement sur la côte Atlantique, entre la Caroline du Nord et la Colombie.

La sterne caspienne se reproduit généralement en colonies parmi d'autres sternes et goélands, mais elle peut également nicher en petits groupes ou en couples solitaires. Pour nicher, elle s’établit souvent sur de petites îles basses, comptant peu ou pas de végétation, et ce, tant le long des côtes qu’à l’intérieur des terres sur des rivières, de grands lacs ou des réservoirs. Ainsi, on la trouve, par exemple, sur des îles sablonneuses parsemées de débris de bois, sur des îlots graveleux et sur des îles rocheuses. Dans la région des Grands Lacs, le régime alimentaire de cette sterne est constitué de gaspareaux (Alosa pseudoharengus), d’éperlans arc-en-ciel (Osmerus mordax), de perchaudes (Perca flavescens) et de crapets de roche (Ambloplites rupestris).

Dans plusieurs régions du monde, la sterne caspienne semble en déclin. En Amérique du Nord les effectifs sont généralement en hausse. Le long de la côte Atlantique la situation est toutefois différente. La colonie de sternes caspiennes de île à la Brume a connu une baisse marquée au fil du 20e siècle et son déclin pourrait bien avoir atteint un point critique. Cette colonie comptait environ 200 couples nicheurs vers la fin du 19e siècle et son effectif n’a jamais dépassé une centaine d’oiseaux entre 1923 et 1945. Le déclin semble s’être poursuivi après 1945 et il est possible qu’il ait été causé par la récolte illégale d’œufs et d’adultes, ainsi que par le dérangement qui accompagne de telles activités. Aucune activité de nidification n’a été confirmée depuis 1995 à cet endroit, bien que l’espèce y ait été observée à quelques reprises.

À l’échelle nord-américaine, la sterne caspienne est protégée en vertu de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs laquelle assure une protection à l’oiseau, à son nid et à ses œufs, mais pas aux endroits où elle se reproduit. Au Québec, cette sterne est considérée comme un nicheur migrateur rare et elle a été désignée, en octobre 2009, espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérable du Québec. Aucune étude détaillée n’a été faite sur les effectifs de sternes caspiennes qui nichent en territoire québécois. Les connaissances actuelles sur la répartition québécoise de cette sterne sont incomplètes et se limitent essentiellement aux relevés quinquennaux effectués dans le refuge de l’île à la Brume et dans ses environs depuis une centaine d’années, à quelques retours de bagues d’oiseaux initialement marqués sur la Basse-Côte-Nord, ainsi qu’à une certaine connaissance des dates d’arrivée printanière et de départ automnal fournies par des ornithologues amateurs. Par ailleurs, les connaissances actuelles ne permettent pas d’expliquer la présence localisée de l’espèce dans le secteur de l’île à la Brume, plutôt qu’ailleurs sur la Basse-Côte-Nord. Aussi, aucune étude spécifique n’a encore été faite sur les sternes et peu d’informations sont disponibles sur leur succès de reproduction, leur taux de survie et leur régime alimentaire. Bien que l’on suppose que les dérangements et le braconnage ont quelque chose à voir avec la situation préoccupante de l’espèce sur la Basse-Côte-Nord, très peu de données détaillées existent à ce sujet. Beaucoup reste à faire avant de mieux comprendre la dynamique régissant la population québécoise de la sterne caspienne, que ce soit sur la Basse-Côte-Nord ou ailleurs au Québec. Un meilleur niveau de connaissances permettra éventuellement d’assurer une protection adéquate pour cette espèce. Considérant les lacunes dans les connaissances actuelles, il est difficile d’évaluer le potentiel de rétablissement de cette espèce au Québec. L’expansion de la sterne caspienne ne semble pas limitée par la disponibilité des sites de nidification qui sont abondants dans la région. Toutefois, plusieurs de ces sites sont peut-être situés dans des secteurs où les proies sont trop peu nombreuses. Des informations relatives à la sterne caspienne sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

Documentation complémentaire :

CHAPDELAINE, G., 1995. Sterne capsienne, p. 530-531 dans GAUTHIER, J. et Y. AUBRY (sous la direction de). Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal. 1 295 pages.

CHAPDELAINE, G., P. BROUSSEAU et J.-F. RAIL. 2010. Banque Informatisée des Oiseaux Marins du Québec (BIOMQ). Base de données, mise à jour du 24 mars 2010. Environnement Canada, Service canadien de la faune, région du Québec.

JAMES, R. D. 1999. Update COSEWIC Status Report on Caspian Tern (Sterna caspia). Report submitted to the Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. 10 pages.

SHAFFER, F., M. ROBERT, J.-F. RAIL et V. LÉTOURNEAU. 2004. La Sterne caspienne (Sterna caspia) : bilan des connaissances et situation au Québec. Série de rapports techniques No 415, Service canadien de la faune, région du Québec, Environnement Canada, Sainte-Foy, Québec. 25 pages.

Sterne caspienne
 

 

Aire de répartition

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Carte du Québec
Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : août 2010
 

Portail du gouvernement du Québec