Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Grèbe esclavon

Podiceps auritus
Horned grebe

Fiche descriptive


Rang S : S1
Rang G : G5
Statut au Québec : menacé, mars 2000

Le grèbe esclavon, autrefois connu sous le nom de grèbe cornu, est un oiseau aquatique de taille moyenne. Le grèbe adulte est de 32 à 39 cm de longueur et affiche un poids moyen de 450 g. On le reconnaît en plumage nuptial par la présence d'un large sourcil doré qui se prolonge en une aigrette de même couleur contrastant avec la tête noire. Son dos est noir et son ventre est blanc.

Le grèbe esclavon niche dans l'Ouest canadien, rarement à l'est du lac Supérieur. Il se concentre surtout en Colombie-Britannique, au Yukon, aux Territoires du Nord-Ouest, au sud du Nunavut, dans les Prairies, et au nord-ouest de l’Ontario. Il est rare au Québec, où sa répartition est restreinte et isolée des autres sites connus au Canada. Sa nidification au Québec n'est rapportée qu'aux îles de la Madeleine, où une population reproductrice est confirmée depuis plus de 100 ans. Dans la province, ce grèbe est plus commun lors des périodes de migration automnale lorsque que les populations de l'Ouest fréquentent le Saint-Laurent. La majorité des grèbes esclavons hivernent en eau salée sur les côtes de l'Atlantique jusqu'à la limite sud des États-Unis, alors qu'une autre partie de la population hiverne sur les côtes du Pacifique. Un très petit nombre pourrait également passer l'hiver dans les terres intérieures jusqu'aux Grands Lacs.

Le grèbe esclavon niche principalement dans les zones tempérées, mais on le trouve également dans les zones boréales et subarctiques. Il niche généralement en eau douce et, occasionnellement, en eau saumâtre, dans de petits étangs semi-permanents ou permanents. Il niche également dans des marais et des baies peu profondes aux abords des lacs. Il sélectionne les secteurs d’eaux libres riches en végétation émergente, qui fournissent les matériaux nécessaires à la construction et au camouflage du nid. Le grèbe esclavon niche seul ou en groupe selon la taille de l’étang de nidification. Cet oiseau défend agressivement son territoire et laisse rarement son nid sans surveillance. Son alimentation est principalement composée d’insectes aquatiques et de poissons en été, et de poissons, de crustacés et de polychètes en hiver.

Bien que la population de l’Ouest compte entre 200 000 et 500 000 individus, les recensements ont révélé une diminution de 45 % des effectifs depuis les années 60. Au Québec, la taille de la population de grèbes esclavons demeure très faible. La population a chuté de près du quart au cours des trois dernières générations. Celle-ci est actuellement estimée à une quinzaine de couples. Au cours des 17 dernières années, pas plus de 25 couples ont été observés durant la même saison de nidification. En 2005, seulement 5 adultes ont été observés. Historiquement, le climat et la prédation constituaient les principaux facteurs naturels qui limitaient la population aux îles de la Madeleine. Au cours des dernières années, de nouvelles menaces sont apparues : le dérangement causé par la présence humaine pouvant occasionner l'abandon des sites de nidification et la modification des habitats. L'arrivée récente du grèbe à bec bigarré (Podilymbus podiceps), qui occasionne une compétition pour les étangs disponibles, constitue une autre menace à la population des îles de la Madeleine.

Le grèbe esclavon est protégé en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. L’état de précarité de la population des îles de la Madeleine a mené le gouvernement du Québec à désigner, en 2000, le grèbe esclavon en tant qu’espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables. Devant la situation précaire du grèbe esclavon, un plan de rétablissement a été élaboré par le Service canadien de la faune, conjointement avec le Plan d’action Saint-Laurent Vision 2000. Sa mise en œuvre a débuté en 1994. Le but principal de ce plan est de maintenir une population viable au Québec, plus spécifiquement aux îles de la Madeleine. Les objectifs poursuivis dans le cadre de ce plan de rétablissement consistent à atteindre une population stable ou en augmentation d’au moins 20 couples reproducteurs à atteindre une productivité annuelle d’au moins 1,2 jeune par couple et à assurer la protection d’au moins 75 % des sites de nidification. Le plan vise également à assurer la protection de l’étang de l’Est qui joue un rôle capital pour les rassemblements post-reproducteurs de l’espèce aux îles de la Madeleine. Puisque le nombre de sites madeliniens propices à la nidification est limité, il va de soi que la protection du grèbe esclavon doit être assurée par la protection de son habitat. À cet égard, une modification a été apportée au Règlement sur les espèces fauniques menacées ou vulnérables et leurs habitats, en octobre 2009, dans le but de déterminer les caractéristiques servant à identifier l’habitat du grèbe esclavon. Ainsi, l’identification de ces habitats par un plan dûment dressé par le ministre des Ressources naturelles et de la Faune permettra d’assurer leur protection légale, et ce, en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune. Cette cartographie légale des habitats du grèbe est actuellement en cours de réalisation. Par ailleurs, la création de la réserve nationale de faune de la pointe de l’Est en 1978 a permis de protéger sept étangs utilisés par le grèbe esclavon. Aussi, la réserve écologique de l’île Brion protège le territoire de nidification de deux ou trois couples de grèbe esclavon. Il va de soi que le bon fonctionnement du plan de rétablissement repose également sur la sensibilisation des madelinots et des touristes quant à leur utilisation des mêmes sites que le grèbe esclavon. Des informations sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

Documentation complémentaire :

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grèbe esclavon (Podiceps auritus) population de l'Ouest et population des îles de la Madeleine au Canada.  (Format PDF, 673 Ko)

FRADETTE, P. 1995. Grèbe esclavon, p. 214-217 dans GAUTHIER, J. et Y. AUBRY (sous la direction de). Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal, 1 295 pages.

SHAFFER, F., P. LAPORTE et M. ROBERT. 1994. Plan d’action pour le rétablissement du grèbe cornu (Podiceps auritus) au Québec. Service canadien de la faune. 40 pages.

SHAFFER, F., P. LAPORTE et M. ROBERT. 1995. Rapport sur la situation du Grèbe cornu (Podiceps auritus) au Québec. Service canadien de la faune. Série de rapports techniques no 242. 55 pages.

Grèbe esclavon
 

 

Aire de répartition

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Carte du Québec
Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : juillet 2010
 

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