Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Pie-grièche migratrice

Lanius ludovicianus
Loggerhead shrike

Fiche descriptive


Rang S : S1
Rang G : G4
Statut au Québec : menacée, mars 2000

La pie-grièche migratrice (Lanius ludovicianus) est un oiseau un peu plus petit que le merle d'Amérique (Turdus migratorius). Elle mesure environ 21 cm de long, l'envergure de ses ailes est d'environ 33 cm et son poids moyen est de 47 g. Le plumage des mâles et des femelles est identique : la tête, la nuque, le dos et le croupion sont gris foncé, alors que la poitrine est blanchâtre et les ailes principalement noires. L'espèce possède un bec crochu et un masque facial noir qui couvre complètement son œil. La pie-grièche migratrice est souvent confondue avec sa congénère, la pie-grièche grise (Lanius excubitor), qui est une espèce beaucoup plus nordique et qui se distingue, entre autres, par son bec plus long et plus recourbé. Toutefois, les problèmes d'identification au Québec n'ont lieu qu'au printemps et à l'automne, lorsque les deux espèces sont présentes en même temps sur le territoire.

La pie-grièche migratrice niche depuis l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba jusqu’au nord du Mexique. Plus à l’est, l’espèce est présente dans le sud de l’Ontario. Au Québec, la nidification de l'espèce était fréquente entre 1980 et 1995 : à l'ouest de Hull, au nord-est de Montréal et à l'est de Cap-de-la-Madeleine. Sa répartition en hiver est peu connue, mais l’espèce semble surtout occuper le centre-sud des États-Unis et le Mexique.

La pie-grièche migratrice habite les milieux très ouverts, principalement les pâturages où l’herbe est courte, parsemés d’arbustes et de petits arbres dans lesquels elle peut nicher et se percher. Le temps de la reproduction venu, au printemps, les deux adultes contribuent à réunir les matériaux nécessaires à la construction du nid par la femelle. Pour construire son nid, la femelle choisit un arbre ou un arbuste isolé ou situé le long des clôtures ou des haies. Elle incube ses quatre à six œufs pendant environ 16 jours et, pendant ce temps, elle est nourrie par le mâle. Les deux adultes nourrissent et protègent les petits au nid jusqu’à ce qu’ils aient appris à chasser. Les gros insectes, les petits oiseaux, les grenouilles et les rongeurs constituent le régime alimentaire de la pie-grièche. Elle tue ses proies à l’aide de son bec recourbé et a l’habitude de les empaler sur des épines ou d’autres objets pointus.

Autrefois commune, la pie-grièche migratrice est généralement en déclin et a même disparu de plusieurs secteurs de son ancienne aire de répartition. Au Canada, on a signalé des populations de 118 individus au Manitoba (en 2002), de 14 000 à 15 000 individus en Saskatchewan (en 1999) et de 6 000 individus en Alberta (en 1999). Bien qu’au Manitoba et dans les parties est et sud des États-Unis l’espèce soit en déclin, la tendance semble stable en Alberta et dans le nord-ouest des États-Unis. Au début du 20e siècle, la pie-grièche migratrice était considérée comme un oiseau nicheur commun dans le sud-ouest du Québec. Cependant, le nombre d'oiseaux a considérablement chuté dans le nord-est de son aire de nidification, incluant le Québec, au cours des dernières décennies. En Ontario, le niveau d’abondance est estimé à environ 20 couples. Au Québec, seulement 19 cas de nidification ont été rapportés entre 1980 et 1995 et la pie-grièche migratrice n'a jamais été trouvée nichant à plus de trois sites différents pendant une même année. La population nicheuse est donc estimée à un nombre infime de couples. Le taux de mortalité des jeunes au cours de la première année serait important.

Parmi les facteurs pouvant limiter les populations, notons la conversion d’anciens pâturages en champs servant à la culture céréalière, ce qui inclut l'élimination des clôtures où l’espèce se perche pour chasser et des bandes arbustives où elle niche. Outre la perte d’habitats préférentiels, la compétition avec d'autres oiseaux occupant les mêmes habitats est un autre facteur pouvant nuire à la pie-grièche. Aussi, l’intoxication aux pesticides par l’intermédiaire de ses proies, la réduction de l’abondance de proies en raison de l'utilisation de pesticides en milieux agricoles, la prédation (p. ex. chats errants) et les collisions avec des véhicules sont d’autres facteurs pouvant réduire le taux de survie et le succès de reproduction des individus.

Au Canada, la quasi-totalité de l’habitat de nidification des pies-grièches se trouve sur des terres privées. Le sort de l’espèce dépend donc en grande partie de la coopération et de la participation des propriétaires fonciers ruraux. Dans l’Ouest canadien, les principales activités de protection menées sur le terrain visent à répertorier et à protéger l’habitat essentiel de l’espèce. Ces activités sont en général orientées vers l’intendance privée, les propriétaires fonciers étant encouragés à clôturer et à protéger les secteurs considérés comme des lieux de nidification et d’alimentation importants pour l’espèce. Dans l’est, des études et des dénombrements ont été réalisés dès 2000. Par ailleurs, un programme de rétablissement s’appuyant notamment sur l’élevage en captivité et le lâcher de pies-grièches migratrices a été produit en 2001. Une meilleure connaissance des exigences de l’espèce en matière d’habitat a permis d’orienter les efforts de conservation et de sensibilisation dans certaines régions. Des recherches actuelles (baguage, surveillance et études génétiques) visent à identifier les causes du rythme accéléré du déclin de l’espèce dans les aires de reproduction, de migration et d’hivernage. Des informations sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

Documentation complémentaire :

COSEPAC. 2004. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Pie-grièche migratrice (Lanius ludovicianus) de la sous-espèce excubitorides au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. 27 pages.

ENVIRONNEMENT CANADA. 2006. Programme de rétablissement de la Pie-grièche migratrice de la sous-espèce migrans (Lanius ludovicianus migrans) au Canada [Proposition]. Série de Programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril, Environnement Canada, Ottawa. 27 pages.

ROBERT, M. et P. LAPORTE. 1995. Rapport sur la situation de la Pie-grièche migratrice (Lanius ludovicianus) au Québec. Service canadien de la faune. Série de rapports techniques No 243. 61 pages.

ROBERT, M., P. LAPORTE et A. DEMERS. 1995. Pie-grièche migratrice, p. 822-825 dans GAUTHIER, J. et Y. AUBRY (sous la direction de). 1995. Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal. 1 295 pages.

Pie-grièche migratrice
 

 

Aire de répartition

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Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : août 2010
 

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