Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Éperlan arc-en-ciel, population du sud de l'estuaire du Saint-Laurent

Osmerus mordax
Rainbow smelt, St. Lawrence southern estuary population

Fiche descriptive


Rang S : S3
Rang G : G5TNRQ
Statut au Québec : vulnérable, mars 2005

L'éperlan arc-en-ciel est un poisson de la famille des Osméridés, soit la même que le capelan (Mallotus villosus). De forme allongée, sa longueur varie généralement de 18 à 20 cm, bien qu’il peut atteindre une longueur allant jusqu’à 35 cm. Le corps de l'éperlan est comprimé latéralement et muni d'une nageoire adipeuse. La bouche, qui est garnie de dents bien développées, est grande et s'ouvre jusque derrière l'œil. Le dos est vert olive à vert plus foncé et les côtés, plus pâles, portent une large bande argentée. Le corps et les nageoires sont parsemés de petits points noirs.

L'éperlan arc-en-ciel anadrome fréquente la côte est de l'Amérique du Nord, du Labrador jusqu'au nord du New Jersey. On trouve également des populations d'eau douce au Québec et dans plusieurs autres provinces ou États américains. Jusqu'au début des années 1970, ce poisson se retrouvait au Québec tout le long du fleuve Saint-Laurent, de Montréal jusque dans le golfe et dans la baie des Chaleurs, ainsi que dans leurs bassins hydrographiques. De nos jours, on ne l’observe pratiquement plus en amont du pont de Québec. Géographiquement, l’aire de répartition des individus de la population du sud de l’estuaire du Saint-Laurent est restreinte au secteur situé entre Lévis et Sainte-Anne-des-Monts. Actuellement, la pêche sportive en saison estivale de l’éperlan arc-en-ciel ne se pratique plus qu’en aval de Québec. Toutefois, la pêche sportive hivernale s’est développée au cours des dernières années et son importance n’a pas encore été évaluée. On observe encore l’éperlan dans le reste de l’estuaire et dans le golfe du Saint-Laurent. Des analyses génétiques basées sur l’ADN mitochondrial ont révélé que deux souches auraient repeuplé le système du Saint-Laurent après les épisodes de glaciation et auraient convergé dans la région de l’estuaire moyen en deux grands groupes aujourd’hui présents. Ces analyses ont également permis de distinguer au moins quatre populations dans le système du Saint-Laurent : 1) la population de la rive sud de l’estuaire, située entre Lévis et Sainte-Anne-des-Monts; 2) la population de la baie des Chaleurs; 3) la population de la Côte-Nord, située entre Forestville et Baie-Comeau; 4) la population de la rive nord, située entre la rivière Montmorency à l’est de Québec et la rivière Saguenay située à Saint-Fulgence.

Malgré le chevauchement de l’aire de répartition des populations localisées sur la rive nord et la rive sud de l’estuaire, ces deux populations ont adopté des habitats et des comportements qui les placent sur la piste de la différenciation génétique. Des analyses moléculaires ont quant à elles, mises en évidence que la population de la rive sud de l’estuaire du Saint-Laurent est sans équivoque une population distincte.

La qualité de l'eau et de l’habitat de reproduction semble être un point critique du cycle vital de l'éperlan. La rivière est sans doute l'habitat de reproduction préférentiel, quoiqu'il puisse également frayer à l'embouchure des cours d'eau ou même directement dans le fleuve. Les sites de fraie sont habituellement situés près de la limite supérieure de l'influence de la marée, dans les zones où le substrat est préférablement constitué de gravier et de cailloux. Actuellement, la population de la rive sud est connue pour frayer dans quatre tributaires du Saint-Laurent : le ruisseau de l’Église (Beaumont), la rivière Ouelle (Rivière-Ouelle), la rivière Fouquette (un peu à l’ouest de Rivière-du-Loup), et la rivière du Loup (Rivière-du-Loup). Dans cette dernière rivière, une activité de fraie a été observée pour la première fois en 2002. La rivière Ouelle demeure la principale frayère de l’espèce. À ces quatre tributaires s’ajoute maintenant une nouveauté dont on connaît toutefois peu de choses : l’éperlan se reproduirait à même le fleuve Saint-Laurent dans la section d’eau douce de l’aire de répartition de cette population. À l’éclosion, les larves quittent leur rivière d’origine et rejoignent les aires d’alevinage situées plus en amont de l'estuaire, près de La Pocatière et Rivière-du Loup. Les adultes, quant à eux, fréquentent préférablement la partie aval de l'estuaire. Les éperlans arc-en-ciel se reproduisent généralement dans un endroit où le substrat est composé de gravier, allant de fin à grossier, et de cailloux. Les sites de fraies sont aussi caractérisés par une vitesse de courant variant de 0,3 à 1,5 m/s et une profondeur inférieure à 2,5 m. L’habitat utilisé par les éperlans durant l’hiver n’est pas connu. L’éperlan peut se reproduire dès l’âge de deux ans et vit généralement jusqu’à l’âge de 6 ans. L’éperlan est la proie des phoques, des oiseaux et de plusieurs espèces de poissons telles que le touladi, la ouananiche, l’omble de fontaine, la lotte, le doré et la perchaude.

L'abondance de cette population a diminué grandement au cours des trente dernières années. Selon les connaissances actuelles, la diminution serait principalement attribuable à la dégradation de la rivière Boyer, la plus importante frayère historique qui fut progressivement désertée jusqu’à un abandon total par les géniteurs au milieu des années 1980. Cet état de fait est globalement attribuable à la pollution organique d'origine agricole, à l'érosion des berges et à la sédimentation. Il ne faudrait toutefois pas négliger le fait que l’exploitation par la pêche — commerciale et sportive — a un impact très important sur la dynamique de cette population, car près de 75 % de la mortalité totale des adultes y serait attribuable. Depuis 1993, il est interdit d’utiliser le carrelet et l’épuisette pour la pêche sportive à l’éperlan sur les frayères connues de la rive sud de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent. Également, depuis 2003, il est interdit d’utiliser des engins de capture performants (p. ex. filets maillants, seines et verveux) dans le secteur de pêche compris entre la pointe est de l’île d’Orléans et Rivière-du-Loup. Ces mesures permettront de minimiser la pression de pêche advenant le retour du stock d’éperlans suite à un rétablissement. Selon les connaissances actuelles, les pêcheurs commerciaux capturent peu d’éperlans.

La population d’éperlans arc-en-ciel du sud de l’estuaire du Saint-Laurent fait actuellement l’objet d’un suivi au Québec. Des observations sont disponibles au Centre sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ). Des travaux ont été entrepris sur la rivière Boyer en vue d'une future recolonisation. De plus, avec les efforts de restauration amorcés depuis 1990, la qualité de l’eau semble s’améliorer, mais pas encore de manière significative. Un incubateur artificiel est en fonction depuis 1992 sur le ruisseau de l'Église (Beaumont), afin de contribuer à l’acquisition de connaissances et d’augmenter les effectifs jusqu’à ce que la reproduction naturelle puisse assurer le renouvellement de la population. L’utilisation de cet incubateur est prévue aussi longtemps que sa contribution sera utile au recrutement de l’espèce. Finalement, un suivi annuel de la reproduction dans la rivière Fouquette et de l’abondance des larves sur le banc de Rivière-du-Loup et dans l’anse Sainte-Anne près de La Pocatière s'exerce depuis quelques années. Cette opération vise essentiellement à évaluer certains paramètres de la dynamique de la population et à effectuer des comparaisons interannuelles. Par ailleurs, sachant que la survie de l’éperlan est menacée lorsque la qualité de l’eau et de l’habitat est dégradée et que ses quatre frayères de la rive sud du Saint-Laurent sont situées en aval de milieux agricoles, l’application du nouveau règlement d’exploitation agricole pourrait progressivement venir atténuer la problématique de la qualité de l’eau des cours d’eau. L’objectif de ce nouveau règlement, adopté en 2004, est d’atteindre d’ici 2010 un équilibre entre la capacité de support en phosphore des sols et la quantité épandue de matières fertilisantes pour l’ensemble des exploitations agricoles existantes au Québec. Un rapport sur la situation de l’éperlan arc-en-ciel, population du sud de l’estuaire a été publié en 1997. On y présente l'espèce et la problématique liée à la conservation de cette population. Un plan de rétablissement a par la suite été publié en 2003, puis mis à jour en 2008. Les mesures réalisées jusqu’à ce jour ont permis de caractériser les frayères utilisées, de veiller à leur protection et d’améliorer la qualité de l’eau dans deux bassins versants concernés. La limite de prise quotidienne autorisée par la pêche sportive a été diminuée de moitié en 2007, ce qui contribue à diminuer le taux de mortalité associé à la pratique de cette activité.

Documentation complémentaire :

Plan de rétablissement de l’éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax) au Québec, population du sud de l'estuaire du Saint-Laurent – Mise à jour 2008-2012. (Format PDF, 617 Ko)

Rapport sur la situation de l'éperlan arc-en-ciel, population du sud de l'estuaire du Saint-Laurent (Osmerus mordax) au Québec. (Format PDF, 1,10 Mo)

TRENCIA et al. 2005. L’éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax) anadrome du sud de l’estuaire du Saint-Laurent : une population en voie de désignation comme espèce vulnérable. Le Naturaliste Canadien, Vol. 129, 1 : 86-94

Éperlan arc-en-ciel, population du sud de l'estuaire du Saint-Laurent
 

 

Aire de répartition

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Québec


Carte de l'Amérique du Nord
Amérique du Nord

 


Dernière modification : août 2010
 

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