Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Garrot d'Islande, population de l'Est

Bucephala islandica
Barrow’s goldeneye

Fiche descriptive


Rang S : S3
Rang G : G5T?
Statut au Québec : vulnérable, octobre 2009

Le garrot d’Islande (Bucephala islandica), aussi connu sous le nom de garrot de Barrow, est un canard plongeur de taille moyenne. La femelle a le dos et les flancs brun pâle, tandis que la tête est d’un brun foncé. Par ailleurs, son bec est orange vif en hiver et au printemps. Le mâle a le dos noir parsemé de quelques taches blanches; ses flancs et sa poitrine sont blancs. Il a la tête de couleur violacée avec un croissant blanc à la base du bec. Ces deux dernières caractéristiques le distinguent du garrot à œil d’or (Bucephala clangula) qui lui, a la tête verte avec un rond blanc à la base du bec.

La population mondiale compte au moins 200 000 individus et plus de 95 % de celle-ci niche et hiverne au Canada, à l’ouest des Rocheuses. Ailleurs dans le monde, une petite population résidente se maintient en Islande (environ 2 000 individus). La population de l’Est du Canada est estimée à environ 6 800 individus et se trouve en grande majorité au Québec où l’aire de nidification serait principalement localisée au nord de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, dans la forêt boréale. Peu de temps après le début de la période de couvaison, les mâles s’envolent vers leur site de mue. Ces derniers comprennent les eaux côtières de la baie d’Hudson, de la baie d’Ungava et de la baie Frobisher (île de Baffin) ainsi que quelques baies du nord du Labrador. Les aires de mue fréquentées par les femelles sont inconnues. D’octobre à juin, les individus des deux sexes sont observés le long de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent là où ils se concentrent en quelques endroits, principalement sur la côte nord, puisque la glace y est moins importante que sur la côte sud.

En période de reproduction, l’espèce utilise généralement les petits lacs alcalins sans poisson (< 15 ha) situés à la tête des bassins versant, en altitude (> 500 m). Ces lacs sont appréciés par les garrots pour la faune invertébrée – insectes aquatiques et crustacés – qui s’y trouve en abondance. Au Québec, ces habitats de reproduction sont situés dans les régions dominées par les pessières à bouleau blanc et à mousse, situées au nord de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent. Les œufs sont pondus dans des cavités d’arbres, souvent dans le bouleau blanc (Betula papyrifera) et le tremble (Populus tremuloides). Les arbres choisis pour la nidification sont de grande dimension (DHP moyen de 38 cm) et sont à un stade avancé de décomposition. Ils sont généralement situés entre 90 et 250 mètres de l’eau. Les femelles ont une portée par année pour un nombre total d’œuf variant de six à douze. Ce sont les femelles qui s’occupent de l’élevage des jeunes. En dehors de la saison de reproduction, les garrots s’alimentent de crustacés et de mollusques des eaux côtières.

Les opérations forestières constituent la menace la plus importante pour le garrot d’Islande. En plus d’éliminer les arbres qui servent pour la nidification, ces opérations forcent les femelles à nicher plus loin des plans d’eau, exposant ainsi les jeunes à une plus grande prédation lorsqu’ils quittent le nid. De plus, les opérations forestières rendent les plans d’eau accessibles aux humains, ce qui se traduit par une augmentation des perturbations des sites de nidification. Comme on trouve les garrots dans des régions où la pêche est très prisée, beaucoup de lacs sans poisson ont été ensemencés au cours des 20 dernières années, ce qui amène une moins grande abondance d’invertébrés recherchés par cette espèce. Par ailleurs, le long de l’estuaire du Saint-Laurent où les garrots d’Islande se concentrent l’hiver, un déversement de pétrole pourrait également avoir de grands impacts sur la population de garrots, non seulement par les effets du pétrole sur le plumage des individus, mais également sur la disponibilité et la qualité de leur nourriture.

De 1997 à 2005, la distribution, l’abondance saisonnière et le rapport des sexes et des âges des garrots d’Islande, qui hivernent dans l’estuaire et le golfe Saint-Laurent, ont été documentés à l’aide d’une combinaison de relevés terrestres et aériens (hélicoptère). De plus, des adultes mâles qui hivernent le long de l’estuaire du Saint-Laurent ont été marqués avec des émetteurs satellitaires afin de documenter, entre autres, leurs aires de mue et leur distribution d’hivernage. Différents produits de sensibilisation ont été conçus au cours des dernières années, par exemple des panneaux d’interprétation ont été installés dans les sites d’hivernage importants (La Malbaie, Baie-des-Rochers et Baie-Comeau) et une brochure a été réalisée pour aider les chasseurs à identifier le garrot d’Islande et à le distinguer du garrot à œil d’or. Par ailleurs, l’utilisation d’un réseau de nichoirs artificiels pour les garrots d’Islande a fait l’objet d’un suivi entre 1999 et 2004 sur des lacs des hautes terres Laurentiennes, dans la forêt boréale du Québec. Des centaines de lacs de cette forêt ont fait l’objet de relevés afin d’y trouver des couples reproducteurs (au printemps), depuis l’an 2000, en vue de déterminer plus précisément l’aire de reproduction. La population de l'Est du garrot d'Islande est protégée en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, laquelle interdit d’avoir en sa possession un individu ou son nid. Selon les conditions stipulées dans la réglementation fédérale sur la chasse aux oiseaux migrateurs, il est cependant permis de déroger à cette interdiction et de chasser le garrot d’Islande. Depuis 2008, la limite de prise quotidienne et la limite de possession s’établissent respectivement à un et à deux garrots d’Islande. De plus, la population de l’Est est protégée en vertu de la Loi provinciale sur les espèces menacées ou vulnérables et également en vertu de la Loi fédérale sur les espèces en péril. Un plan de gestion de cette population est d’ailleurs en préparation en vertu de cette dernière loi, afin d’en assurer le maintien et la viabilité. Des informations sur le garrot d’Islande sont disponibles au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

Documentation complémentaire :

ROBERT, M. 2002. Garrot d’Islande, QuébecOiseaux, Vol. 114, Hors série 2002, p. 48-50.

ROBERT, M., R. BENOÎT and J.-P. SAVARD. 2000. Status Report on the eastern population of the Barrow’s Goldeneye (Bucephala islandica) in Canada. Report submitted to the Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. 61 pages.

SAVARD, J.-P. 1995. Garrot d’Islande, p. 332-335 dans GAUTHIER, J. et Y. AUBRY (sous la direction de). Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal. 1 295 pages.

Garrot d'Islande, population de l'Est
 

 

Aire de répartition

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Québec


Carte de l'Amérique du Nord
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Dernière modification : août 2010
 

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